FIBROMYALGIE ET MALADIES AUTO-IMMUNES : QUEL RÔLE POSSIBLE DU VIRUS EPSTEIN-BARR ?
EXISTE-T-IL UN TERRAIN COMMUN ENTRE FIBROMYALGIE, THYROÏDITE DE HASHIMOTO, LUPUS, POLYARTHRITE RHUMATOÏDE ET SCLÉROSE EN PLAQUES ?
Oui, un terrain commun est possible, mais il ne faut pas confondre les maladies. La fibromyalgie n’est pas classée comme une maladie auto-immune, contrairement à la thyroïdite de Hashimoto, au lupus, à la polyarthrite rhumatoïde ou à la sclérose en plaques. En revanche, ces maladies peuvent partager certains mécanismes étudiés par la recherche : dérèglement de l’immunité, inflammation, fatigue persistante, hypersensibilité du système nerveux, troubles du sommeil et parfois antécédents infectieux.
Le virus Epstein-Barr, ou EBV, fait partie des pistes scientifiques étudiées, notamment parce qu’il reste latent dans l’organisme après l’infection et qu’il est associé à certaines maladies auto-immunes. Cela ne signifie pas qu’il “provoque” la fibromyalgie, mais qu’il peut faire partie des facteurs à explorer chez certaines personnes, surtout en cas de maladie auto-immune associée, de fatigue profonde ou de symptômes apparus après une infection.
MON TÉMOIGNAGE
Je suis concernée par une maladie auto-immune de la thyroïde : une hypothyroïdie de Hashimoto, détectée un an après la naissance de mon fils à la suite d’une profonde fatigue. Je vis également avec une fibromyalgie.
Dans mon parcours, j’ai aussi connu une mononucléose à l’adolescence et des problèmes ORL importants, avec un retrait tardif des amygdales.
Ces éléments ne permettent pas d’affirmer qu’un virus ou qu’une maladie auto-immune explique à lui seul mes douleurs. La fibromyalgie est une maladie complexe, multifactorielle, encore difficile à comprendre. Mais ce parcours m’a naturellement amenée à m’intéresser aux liens possibles entre immunité, infections anciennes, fatigue chronique et douleurs persistantes. Je vous partage ici mes recherches, en m’appuyant sur des sources médicales fiables et en essayant de les rendre accessibles à toutes et tous. Cet article est actualisé régulièrement, au fil des avancées scientifiques.
Qu'EST-CE QU'UNE MALADIE AUTO-IMMUNE ?
Une maladie auto-immune apparaît lorsque le système immunitaire attaque par erreur une partie du corps : la thyroïde dans Hashimoto, les articulations dans la polyarthrite rhumatoïde, le système nerveux dans la sclérose en plaques, par exemple.
LA FIBROMYALGIE EST-ELLE UNE MALADIE AUTO-IMMUNE ?
Non. À ce jour, la fibromyalgie n’est pas classée comme une maladie auto-immune.
Quand on vit avec une fibromyalgie, il est fréquent de chercher à comprendre pourquoi le corps semble réagir trop fort : douleurs diffuses, fatigue profonde, troubles du sommeil, hypersensibilité, brouillard mental, troubles digestifs… Et lorsque s’ajoute une maladie auto-immune, la question devient encore plus légitime.
La fibromyalgie, elle, est plutôt décrite comme un syndrome de douleurs chroniques diffuses, associé à de la fatigue, des troubles du sommeil, des troubles cognitifs et de nombreuses plaintes somatiques. L’un des mécanismes les plus étudiés est la sensibilisation du système nerveux : le système d’alarme de la douleur devient trop réactif.
Mais cela ne veut pas dire que l’immunité ne joue aucun rôle. Beaucoup de personnes fibromyalgiques présentent aussi d’autres troubles : maladies auto-immunes, troubles digestifs, syndrome de fatigue chronique, syndrome de Raynaud, allergies, migraines, intolérances ou grande sensibilité aux infections. C’est ce terrain global qui mérite d’être mieux compris.
QU'EST-CE QUE LE VIRUS EPSTEIN-BARR (EBV) ?
Le virus Epstein-Barr, ou EBV, appartient à la famille des herpèsvirus. Son autre nom est HHV-4, pour Human Herpesvirus 4.
C’est l’un des virus humains les plus fréquents. La plupart des adultes l’ont déjà rencontré au cours de leur vie, parfois sans le savoir. Il se transmet principalement par la salive, ce qui explique le surnom de “maladie du baiser” souvent donné à la mononucléose infectieuse.
L’EBV peut provoquer une première infection visible, surtout chez l’adolescent ou l’adulte jeune. Chez l’enfant, en revanche, l’infection passe souvent inaperçue ou ressemble à une infection banale. La particularité de l’EBV est qu’il ne disparaît pas complètement de l’organisme. Après la première infection, il peut rester à l’état latent, c’est-à-dire “endormi”, notamment dans certaines cellules immunitaires appelées lymphocytes B.
Autrement dit : on peut avoir rencontré l’EBV, avoir fabriqué des anticorps contre lui, puis vivre des années sans aucun symptôme directement lié à ce virus.
Le virus Epstein-Barr est généralement recherché à l’aide d’une prise de sang, appelée sérologie EBV, prescrite par un médecin. Cette analyse permet de savoir si l’infection est ancienne, récente ou parfois possiblement réactivée. Attention toutefois : comme l’EBV est très fréquent dans la population, une sérologie positive ne signifie pas forcément que le virus est responsable des symptômes actuels.
Sources : 10 avril 2024 -Epstein Barr CDC et l’interprétation des principaux marqueurs de sérologie EBV. 10 octobre 2024 – Nature reviews rheumatology – Le virus d’Epstein-Barr comme potentialisateur des maladies auto-immunes.
pourquoi VIRUS EPSTEIN-BARR peut-il se rÉactiver ?
Après la première infection, le virus Epstein-Barr peut rester latent dans l’organisme pendant des années. Chez la majorité des personnes, le système immunitaire le contrôle sans difficulté.
Dans certaines situations, cet équilibre peut être fragilisé : infection récente, stress prolongé, manque de sommeil, épuisement, traitement immunosuppresseur, inflammation chronique ou maladie auto-immune active. On parle alors parfois de réactivation. Mais cette notion doit être interprétée avec prudence : une fatigue ou des douleurs ne suffisent pas à prouver que l’EBV est réactivé. Seul un médecin peut décider si une sérologie EBV, ou d’autres examens, sont utiles selon le contexte clinique. Pour les personnes atteintes de fibromyalgie, l’intérêt n’est donc pas de chercher un virus “coupable”, mais de mieux comprendre le terrain global : immunité, sommeil, stress, carences, douleurs, inflammation et système nerveux.
MALADIES AUTO-IMMUNES ET VIRUS EPSTEIN-BARR
Le virus Epstein-Barr est associé à plusieurs maladies, mais le niveau de preuve varie fortement selon les pathologies.
Sclérose en plaques : le lien le plus solide
Le lien entre EBV et sclérose en plaques est aujourd’hui l’un des plus solides. Une grande étude publiée dans la revue Science en 2022 a suivi plus de 10 millions de jeunes adultes. Les chercheurs ont observé que l’infection par EBV précédait très souvent l’apparition de la sclérose en plaques et augmentait fortement le risque de développer cette maladie.
Cela ne veut pas dire que toutes les personnes ayant eu EBV développeront une sclérose en plaques. Presque tout le monde rencontre EBV au cours de sa vie, alors que la sclérose en plaques reste beaucoup plus rare. Il faut donc probablement d’autres facteurs : génétiques, immunitaires, environnementaux ou hormonaux. Mais cette étude montre que l’EBV peut jouer un rôle important dans certaines maladies auto-immunes du système nerveux.
Maladies auto-immunes : un rôle possible dans la dérégulation immunitaire
Des revues scientifiques récentes décrivent EBV comme un “potentialisateur” possible de certaines maladies auto-immunes. Le virus est notamment étudié dans le lupus, le syndrome de Sjögren, la polyarthrite rhumatoïde et la sclérose en plaques.
Pourquoi ? Parce que l’EBV infecte les lymphocytes B, des cellules clés de l’immunité. Or ces cellules sont aussi impliquées dans plusieurs maladies auto-immunes. L’EBV pourrait donc contribuer, chez certaines personnes prédisposées, à une activation immunitaire anormale.
Les mécanismes étudiés incluent :
- l’activation prolongée du système immunitaire ;
- la perturbation des lymphocytes B ;
- le mimétisme moléculaire, lorsque certaines parties du virus ressemblent à des protéines du corps ;
- l’inflammation persistante ;
- la difficulté de certains organismes à contrôler correctement le virus latent.
La recherche avance, mais elle ne permet pas encore de résumer les choses ainsi : “EBV provoque les maladies auto-immunes.” La réalité est plus complexe. EBV semble plutôt faire partie d’un ensemble de facteurs pouvant favoriser ou amplifier un terrain auto-immun chez certaines personnes.
Thyroïdite de Hashimoto : une association étudiée, mais prudente
La thyroïdite de Hashimoto est une maladie auto-immune dans laquelle le système immunitaire attaque la thyroïde. Elle peut entraîner une hypothyroïdie, avec fatigue, frilosité, prise de poids, ralentissement, chute de cheveux ou troubles de l’humeur.
Certaines études ont retrouvé des marqueurs EBV plus élevés chez des patients atteints de Hashimoto que chez des personnes témoins. Cela suggère une association possible entre EBV et auto-immunité thyroïdienne.
Mais une association n’est pas une preuve de causalité. Hashimoto reste une maladie multifactorielle : génétique, sexe féminin, hormones, iode, sélénium, vitamine D, stress, microbiote, infections et environnement peuvent intervenir.
EBV peut donc être une pièce du puzzle chez certaines personnes, sans résumer à lui seul l’origine de la maladie.
EBV ET FIBROMYALGIE : Où EN EST LA RECHERCHE SCIENTIFIQUE ?
Le virus Epstein-Barr est très fréquent. La majorité des adultes l’ont déjà rencontré.
Il peut provoquer la mononucléose infectieuse, puis rester latent dans l’organisme. Chez certaines personnes, il peut se réactiver ou être moins bien contrôlé, surtout si l’immunité est fragilisée.
Le lien entre EBV et sclérose en plaques est aujourd’hui fortement documenté. Les liens avec d’autres maladies auto-immunes, comme le lupus, le syndrome de Sjögren, la polyarthrite rhumatoïde ou Hashimoto, sont étudiés mais restent plus complexes.
Pour la fibromyalgie, EBV n’est pas reconnu comme une cause directe. En revanche, les infections, l’immunité et la sensibilisation du système nerveux font partie des pistes de recherche importantes pour mieux comprendre certains parcours de douleurs chroniques.
Si vous êtes atteinte de fibromyalgie, avec une maladie auto-immune ou une fatigue très marquée, cette piste peut être discutée avec votre médecin. Non pour chercher une explication unique, mais pour mieux comprendre votre terrain global.